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François de Malherbe |
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Ce miracle d'amour, ce courage invincible, Qui n'espérait jamais une chose possible, Que rien finit sa foi que le même trépas, De vaillant fait couard, de fidèle fait traître, Aux portes de la peur abandonne son maître, Et jure impudemment qu'il ne le connaît pas. À peine la parole avait quitté sa bouche, Qu'un regret aussi prompt en son âme le touche : Et mesurant sa faute à la peine d'autrui, Voulant faire beaucoup, il ne peut davantage Que soupirer tout bas, et se mettre au visage Sur le feu de sa honte une cendre d'ennui. Les arcs qui de plus près sa poitrine joignirent, Les traits qui plus avant dans le sein l'atteignirent, Ce fut quand du Sauveur il se vit regardé : Les yeux furent les arcs, les oillades les flèches Qui percèrent son âme, et remplirent de brèches Le rempart qu'il avait si lâchement gardé. Cet assaut comparable à l'éclat d'une foudre, Pousse et jette d'un coup ses défenses en poudre, Ne laissant rien chez lui, que le même penser D'un homme qui tout nu de glaive et de courage, Voit de ses ennemis la menace et la rage Qui le fer en la main le viennent offenser. Ces beaux yeux souverains qui traversent la terre, Mieux que les yeux mortels ne traversent le verre, Et qui n'ont rien de clos à leur juste courroux, Entrent victorieux en son âme étonnée, Comme dans une place au pillage donnée, Et lui font recevoir plus de morts que de coups. La mer a dans le sein moins de vagues courantes, Qu'il n'a dans le cerveau de formes différentes : Et n'a rien toutefois qui le mette en repos. Car aux flots de la peur sa navire qui tremble Ne trouve point de port, et toujours il lui semble Que des yeux de son maître il entend ce propos : « Eh bien, où maintenant est ce brave langage ? Cette roche de foi? cet acier de courage? Qu'est le feu de ton zèle au besoin devenu ? Où sont tant de serments qui juraient une fable? Comme tu fus menteur, suis-je pas véritable ? Et que t'ai-je promis qui ne soit advenu? » En ces propos mourants ses complaintes se meurent, Mais vivantes sans fin ses angoisses demeurent, Pour le faire en langueur à jamais consumer; Tandiss la nuit s'en va, ses chandelles s'éteignent, Et déjà devant lui les campagnes se peignent Du safran que le jour apporte de la mer. L'Aurore d'une main en sortant de ses portes Tient un vase de fleurs languissantes et mortes; Elle verse de l'autre une cruche de pleurs, Et d'un voile tissu de vapeur et d'orage Couvrant ses cheveux d'or découvre en son visage Tout ce qu'une âme sent de cruelles douleurs. Le Soleil qui dédaigne une telle carrière, Puisqu'il faut qu'il déloge, éloigne sa barrière, Mais comme un criminel qui chemine au trépas, Montrant que dans le cour ce voyage le fâche, Il marche lentement, et désire qu'on sache Que si ce n'était force il ne le ferait pas. Ses yeux par un dépit en ce monde regardent; Ses chevaux tantôt vont, et tantôt se retardent, Eux-mêmes ignorants de la course qu'ils font; Sa lumière pâlit, sa couronne se cache, Aussi n'en veut-il pas, cependant qu'on attache À celui qui l'a fait des épines au front. Au point accoutumé les oiseaux qui sommeillent, Apprêtés à chanter, dans les bois se réveillent : Mais voyant ce matin des autres différent, Remplis d'étonnement, ils ne daignent paraître, Et font à qui les voit ouvertement connaître De leur peine secrète un regret apparent. Le jour est déjà grand, et la honte plus claire De l'apôtre ennuyé l'avertit de se taire, Sa parole se lasse, et le quitte au besoin : Il voit de tous côtés qu'il n'est vu de personne, Toutefois le remords que son âme lui donne Témoigne assez le mal qui n'a pas de témoin. Aussi l'homme qui porte une âme belle et haute, Quand seul en une part il a fait une faute, S'il n'a de jugement son esprit dépourvu, Il rougit de lui-même, et combien qu ' 'il ne sente Rien que le ciel présent et la terre présente, Pense qu'en se voyant tout le monde l'a vu. |
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François de Malherbe (1555 - 1628) |
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Portrait de François de Malherbe | |||||||||
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