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Jean Anouilh |
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La Reine et le Roi - le Roi et la Reine, Plus exactement - Car la Reine, un peu gênée par sa traîne, Suivait lentement; Traversant un jour le pays breton Pour aller à Nantes, Entrèrent (le Roi pour pisser, dit-on) Chez une manante Qui les salua, pour se prosterner Plongeant à grand-peine, Car elle accouchait. « Je veux, dit la Reine, Que ce trait touchait, De ce nouveau-né être la marraine. » Qui fut dit, fut fait. Le Roi soulagé, partit la voiture, Resta l'intendant, Qui but - attendant sa progéniture - Le vin du manant. Sur le soir, enfin, vinrent deux jumeaux. L'intendant, sans ordres, Signa au registre au premier marmot Et, sans en démordre, Fit signer pour l'autre à un matelot Qui fumait sa pipe Au café voisin, observant le vent, Comme ils font souvent, L'oil sur le lointain, le rhum à la tripe. Les jumeaux grandirent. La guerre survint et le matelot, Sur un grand navire, Mandé par le Roi, s'en alla bientôt. Et les gens se dirent : « Nés le même jour, l'un a de la chance. L'autre n'en a pas ; Reine pour marraine et pour l'autre un gars Toujours en partance, Qui n'a même pas un pantalon neuf! L'un d'eux sera riche, Poussé par la cour, l'autre n'aura rien. » Mais saint Aurélien, Patron du pays, n'aime pas qu'on triche - Du moins à Pléneuf. Il vit le seigneur; avec éloquence Parla du garçon; Et, comme on était en quatre-vingt-neuf, Ce ne fut pas long : Dès le lendemain, la Révolution Eclata en France. Les peuples furieux coupèrent le cou Un jour à la Reine. Et le matelot, se battant partout, Toujours à la peine Contre les Anglais, leur fit tant de mal Que le Directoire, Pour son sang versé, et pour ses victoires, Le fit amiral. Celui des jumeaux, de cadeaux privé, Reçut une montre De son bon parrain, en or, avec clé. Le privilégié Fit, comme l'on dit, mauvaise rencontre. Car, dans un café, Un officier bleu ayant insulté La Reine de France, Il le provoqua et mourut tué Dans bien des souffrances. Cette histoire a un refrain Qui peut donner l'espérance A ceux qui n'ont pas de chance... Qu'ils méditent ce quatrain : « Si la marraine N'est pas reine, Que le parrain Soit marin. » |
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Jean Anouilh (1910 - 1987) |
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Portrait de Jean Anouilh | |||||||||
CarrièreFormation Biographie de jean anouilh Jean Anouilh est né en 1910 à Bordeaux (France). Son père est tailleur et sa mère est musicienne et professeur de piano, elle joue dans un orchestre se produisant sur des scènes de casino en province. OuvreThéâtre |
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