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Paul Morin |
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Depuis qu'un rayon d'or poignardant l'ombre verte M'offrit un clair réveil Et que dans la rosée une tulipe ouverte Tend son cour au soleil, Je veux, tel Marsyas, le front ceint de lavande, Offrir au divin Pan Le miel roux, la florale et votive guirlande, Mon plus somptueux paon ; Et dans le beau jardin qui tour à tour me donne La figue et le raisin, Je tresserai le pampre et la feuille en couronne Au vif et bleu matin. Après avoir tracé dans mes éphémérides Le devoir journalier Et dispersé le vol strident des cantharides De mon seuil familier, Je veux l'aigu roseau, la syrinx et la lyre Des bergers d'autrefois Pour te louer, moqueur Sylvain qui fais sourire Et rêver à la fois... Peut-être, si j'avais une flûte à mes lèvres Te laisserais-tu voir Lorsque j'irai guider mes bondissantes chèvres Au frigide abreuvoir ? Et si malgré mes dons de câpres et d'olives Tu restes dans les bois, J'irai jusqu'aux forêts de ces nymphes furtives Qui s'enfuient à ma voix ; Et là, sous les pins, ô chèvre-pied rapide, Dans les sombres halliers, Je chercherai tes pas jusqu'au ruisseau limpide Où boivent mes béliers. Car, depuis que l'aurore a vêtu ma chaumière De fraîcheur et de feu, Mon cour rustique bat avec la force altière Et l'audace d'un dieu ! L'immobile matin est pâle et si sensible Qu'en mon être païen J'écoute murmurer la diaule invisible D'un pâtre arcadien. Les grives et les geais, les mille êtres agrestes Des champs et du rucher, Les frelons stridulants et les abeilles prestes Dans les fleurs de pêcher, De l'ensemble innombrable et doux de leurs chants frêles Font un bruit endormeur, Je crois que la grenade a de petites ailes À son âme de fleur ! La maison est trop fraîche et trop calme et trop blanche, Trop de silence y dort ; Allons sous l'abri tiède et fleuri d'une branche Parler au soleil d'or... Armé de népenthès, d'anis, du coriandre Cher au papillon blanc, Ô violent jardin, guerrier cruel et tendre, Que vous êtes troublant ! Bientôt vous aurez fait ma langueur inquiète, Vous brûlerez mes sens, Je serai seulement l'ardente cassolette Où s'embrase l'encens... Tout vibre autour de moi, le sol germe et remue D'un lourd et chaud plaisir, La terre matinale, bourdonnante, nue Eclate de désir ; Je vois trembler l'odeur adorable des roses Dans l'éther alourdi, Ah ! viens, je veux baiser tes mains aux paumes roses, Eblouissant midi ! Soleil, sur votre autel je promets de répandre Le sang d'un bouquetin, Je vous couronnerai de myrte et d'oléandre, Dieu du pourpre matin ! Ô Phoibos Apollon, ô Faune capricorne, Chères divinités, J'ai gravé vos deux noms au bois dur de ma borne, Et vous serez chantés Dans le fougueux parfum du mauve héliotrope, Sur mes doubles pipeaux, Ô frère de Diane, et vous, fils de Dryope, Protecteurs des troupeaux ! |
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Paul Morin (1889 - 1963) |
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BiographieBibliographieDe Paul Morin : |
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